Pourquoi le phasage des travaux pèse-t-il autant dans un bâtiment occupé?
Le phasage permet aux gens de continuer à travailler pendant que le chantier avance autour d’eux. C’est lui qui évite de fermer un bâtiment pour toute la durée des travaux. Mais il faut tenir compte de ses impactes sur la construction elle-même : c’est pourquoi l’implication de l’entrepreneur dès le début est essentielle.
Phasage des travaux (ou exécution par phases): découpage d’un projet en étapes (par zone, par métier ou par période), dans un ordre qui permet de remettre en service chaque secteur terminé pendant que les travaux se poursuivent ailleurs.
Pour un propriétaire qui ne peut pas fermer, le plan de phasage devient aussi le plan d’exploitation. Il précise quels espaces sont inaccessibles, pendant combien de temps, et où vont entre-temps les personnes et les équipements qui les occupent d’habitude.
Maintenir un bâtiment en activité a un coût. Chaque mobilisation, chaque remise d’espace et chaque point de coordination supplémentaire demande des efforts, qu’il faut comparer à l’option de fermer les lieux. L’arbitrage est plus simple quand l’entrepreneur participe à la discussion alors que la conception est encore ouverte.
Comment le chantier a-t-il été organisé par phases au Centre Canadien d’Architecture?
Comment le chantier a-t-il été organisé par phases au Centre Canadien d’Architecture?
Au Centre Canadien d’Architecture (CCA), à Montréal, nous réhabilitons l’enveloppe du niveau 3 (rez-de-chaussée), où se trouvent les bureaux, afin d’en améliorer la performance énergétique. Les travaux couvrent tout le périmètre de l’étage.

À l’extérieur, nous déposons le parement de maçonnerie, imperméabilisons le mur de blocs de béton, puis remettons la maçonnerie en place. À l’intérieur, nous retirons les murs de gypse, appliquons de la mousse de polyuréthane giclée et rebâtissons chaque mur exactement au même endroit, dans les mêmes couleurs. Les fenêtres du niveau 3 sont également remplacées par des fenêtres sur mesure, identiques en apparence aux originales, mais avec une meilleure valeur thermique.
Nous avons rejoint le dossier en septembre 2024 en tant que gestionnaire de construction. À ce titre, nous faisons l’échéancier, nous préparons les budgets, préparons les appels d’offres, recommandons les prix des sous-traitants, que le CCA et l’équipe de professionnels approuvent, et nous opérons le chantier. Le chantier a démarré à la fin de mars 2025 et se terminera au printemps 2027. Au CCA, l’équipe a prévu trois phases, dont la deuxième s’achève au moment d’écrire ces lignes.
Le CCA est demeuré en activité pendant toute la durée des travaux. Le plan s’est donc construit autour des gens et des activités. Comme nous intervenons dans des espaces techniques (l’atelier des expositions, les bureaux), le personnel et les activités ont été déplacés par étapes ailleurs dans le bâtiment. Le corridor principal est un axe de circulation essentiel pour le personnel: le fermer a demandé beaucoup de coordination de part et d’autre. Des trois phases initiales ont découlé des sous-phases permettant au CCA de récupérer certains espaces plus rapidement, ou parfois même, temporairement : l’agilité de l’équipe complète a été mise à contribution!
Pourquoi faire chevaucher les phases au lieu d’attendre la fin de chacune?
Le plan de départ était rigoureux : terminer une phase, la remettre au client, puis mobiliser la suivante. Espace a fait valoir que cela créerait des temps morts et ferait perdre des équipes, des sous-traitants et de l’élan.
Les phases ont donc été imbriquées. La phase 2 a été mobilisée avant la livraison complète de la phase 1, et chaque phase est remise au CCA par portions, le plus tôt possible.
Une remise anticipée rend l’espace plus vite au CCA, mais elle n’est pas gratuite. Chaque portion est inspectée par les professionnels pour relever les déficiences, ce qui multiplie les visites de chantier, et les sous-traitants reçoivent des mandats courts et morcelés. Notre surintendant planifie la charge de chaque métier pour que chaque déplacement en vaille la peine.
« La clé, c’est le modèle de gérance de construction : livres ouverts, risques partagés. Et avec la présence des professionnels sur place chaque semaine, les réponses arrivent vite et nous pouvons ajuster le plan au fur et à mesure. »
D’après notre expérience, les livres ouverts et le partage des risques réduisent aussi les conflits liés aux coûts ou aux changements de programme. C’est précieux quand le plan doit s’ajuster en cours de route.
Comment la séquence des travaux et le calendrier façonnent-ils le plan?
Sur une enveloppe comme celle-ci, l’extérieur dicte le rythme de l’intérieur. À l’intérieur, on démolit le mur en premier, pendant qu’à l’extérieur la pierre est enlevée et entreposée. Les travaux extérieurs sont beaucoup plus longs, d’où une période d’attente à l’intérieur: la reconstruction du mur intérieur ne peut commencer qu’une fois le bloc de béton extérieur imperméabilisé. Et l’installation des nouvelles fenêtres doit attendre que le parement de pierre soit remis à sa place.
Comme le bâtiment existe déjà, de petits imprévus ont allongé les travaux extérieurs, et par ricochet les travaux intérieurs. Le calendrier initial prévoyait de terminer l’extérieur des phases 1 et 2 à l’automne 2025, puis d’y revenir au printemps 2026 pour la phase 3. L’extérieur de la phase 2 n’a pas pu être achevé cette année-là, et le CCA a accepté que nous poursuivions ces travaux durant l’hiver, avec chauffage.
Des expositions ont débuté tôt dans le projet, et nous avons modifié et parfois interrompu les travaux lors de certains événements, conférences de presse et tournages. Le CCA a ajusté sa programmation, et nous avons regroupé les activités les plus bruyantes pour déranger le moins possible.
Le bruit et les vibrations ont été la principale nuisance auprès des usagers. Démolir des blocs et poser des ancrages structuraux transmet le son dans toute la structure, bien au-delà de la zone de travail : tout le bâtiment sait quand ces travaux ont lieu.
Quelles questions poser sur le phasage des travaux avant le début du chantier?
Faites entrer l’entrepreneur dans la discussion le plus tôt possible, pendant la conception, aux côtés de l’architecte et des ingénieurs! Sur ce projet, cette participation a aidé chacun à coordonner ses interventions et à comprendre les contraintes des autres. Les propriétaires sous-estiment souvent la valeur de ce travail en amont, et mobiliser dès le lendemain n’est pas toujours la meilleure solution.

1. Qu’est-ce qui ne peut pas s’arrêter? Nommez les espaces, les personnes et les événements qui doivent rester actifs, et les périodes où les travaux doivent faire une pause.
2. Qu’est-ce qui dépend de quoi? Cartographiez les dépendances, entre les métiers comme entre l’extérieur et l’intérieur : une seule longue tâche peut retarder tout ce qui suit.
3. Comment les espaces seront-ils remis? Convenez du découpage en portions, de l’inspection des déficiences et des personnes qui y participent.
4. Qu’est-ce qui peut bouger? Décidez à l’avance de la marge du calendrier, des périodes bruyantes et de l’échéance, et de ce que prévoit le plan quand les conditions changent.
5. Qui tranche, et à quelle vitesse? Prévoyez des livres ouverts et des visites régulières des professionnels pour obtenir des réponses rapidement.
Restez agile et impliqué! Un chantier est une entité vivante, qui doit s’adapter aux différentes situations et qui demande l’apport de tous les membres de l’équipe, jusqu’à la fin!
Si vous prévoyez des travaux dans un bâtiment qui ne peut pas fermer, nous serons heureux d’en discuter avec vous. Notre approche intégrée nous permet de vous accompagner de la pré-construction jusqu’à la livraison finale, de sorte que le plan de phasage approuvé au départ soit celui qui s’exécute. Elle influe aussi sur les coûts du bâtiment tout au long de sa vie, ce que traite notre article sur le coût total de propriété.
Des travaux à prévoir dans un bâtiment qui doit rester en service?

